Comment Radomir Antic a influencé le football espagnol
Connu pour être le seul entraîneur à avoir dirigé l'Atlético, le Real Madrid et le FC Barcelone au cours de sa carrière, Radomir Antic était bien plus qu'un CV clinquant. Le Serbe était en quelque sorte un avant-gardiste dans le monde du football espagnol.
La semaine dernière, l’Espagne apprenait le décès de Radomir Antic. Du haut de ses 71 ans, le tacticien serbe nous quittait. Une perte qui a suscité de vives émotions en Espagne, où il était particulièrement apprécié et toujours présent dans le paysage médiatique via ses activités de consultant. Sans avoir un palmarès affolant, le natif de Žitište faisait partie des figures les plus respectées de ce grand monde du foot espagnol. Il faut dire que celui qui est surtout connu pour avoir remporté le doublé Liga-Coupe avec l’Atlético de Madrid en 1996 a, à son échelle, eu un sacré impact sur la façon dont on voit le football de l’autre côté des Pyrénées. Contrairement à ce qu’on pourrait penser lorsque l’on regarde les rencontres de Liga ou le rayonnement des coachs espagnols en Europe, le football ibérique n’a pris ce tournant très penché sur la tactique que récemment.
Avant, le football espagnol était effectivement très rudimentaire, et le travail des coachs restait assez secondaire dans la mesure où l’aspect tactique n’était pas vraiment poussé, et les joueurs faisaient la loi sur le terrain. Si le football est devenu une affaire de coachs au pays de Cervantes et qu’on a aujourd’hui des Guardiola, des Bordalas, des Marcelino, des Rafa Benitez ou des Unai Emery, c’est en partie grâce à lui. Lorsqu’il est arrivé à Saragosse, son premier club en Espagne, il fut l’un des premiers coachs à insister sur l’utilisation de la vidéo en Liga, pas uniquement pour analyser les adversaires et ne rien laisser au hasard dans la préparation des rencontres, mais aussi pour s’inspirer de ce qui se faisait de mieux en Europe. Antic insistait notamment beaucoup sur le modèle de l’Ajax, et forçait ses joueurs à manger de la VHS. Et ce alors que sa façon de jouer différait énormément de celle du club néerlandais. Il avait ce côté obsessif du coach qui veut absolument tout contrôler sur le terrain.
Les premières bases du Cholismo ?
S’il a aussi entraîné les deux ogres de la Liga - le Real Madrid et le FC Barcelone - avec plus ou moins de succès, c’est à l’Atlético qu’il a eu le plus de succès. Son passage au Santiago Bernabéu n’a cependant pas été mauvais, loin de là, et le président de l’époque, Ramon Mendoza, l’avait licencié en janvier 1992... alors qu’il était en tête de la Liga avec 8 points d’avance ! Et pour cause, le jeu pratiqué par son équipe, jugé trop peu spectaculaire, ne plaisait pas au dirigeant. Un scénario inenvisageable aujourd’hui, surtout à l’époque où la tendance en Espagne est plus à l’équilibre et à la solidité qu’au jeu débridé vers l’attaque. Résultat des courses, le Real Madrid a laissé filer cette Liga, la première des deux perdues face à Tenerife. Chez les Merengues, il avait également procédé à quelques réajustements intéressants, replaçant Fernando Hierro, défenseur central, en tant que milieu de terrain, où sa puissance physique permettait de briser des lignes facilement et de se projeter très vite vers l’avant. D’où ses 21 buts sur la saison 1991/1992. Il fut l’un des premiers coachs à tenter des choses en bousculant les habitudes des joueurs, et au Barça, il avait également fait jouer un jeune Xavi Hernandez bien plus haut que ce qu’on a pu voir par la suite.

No comments:
Post a Comment